Impact de la nutrition sur la fertilité | Entretien avec Virginie Terrier

nutrition sur la fertilité

Avec l’arrivée du mois de décembre et des fêtes de fin d’année, beaucoup de nos patientes nous confient que c’est l’un des moments les plus difficiles de l’année pour maintenir des habitudes saines.

Chez Vida Fertility, nous avons toujours défendu l’idée que la fertilité doit être abordée dans une perspective globale, où la médecine et la nutrition vont de pair. C’est pourquoi, dans cet article, nous avons souhaité approfondir le véritable impact de la nutrition sur la fertilité féminine et masculine, un sujet qui suscite de nombreuses questions, mais aussi beaucoup de désinformation.

À cette occasion, le Dr Marta Zermiani, gynécologue experte en procréation assistée chez Vida Fertility Madrid, s’entretient avec Virginie Terrier, nutritionniste chez Fertil.in  pour offrir une vision conjointe, médicale et nutritionnelle, sur la façon dont l’alimentation est un outil puissant pour améliorer l’ovulation, la qualité des ovocytes et du sperme, la santé de l’endomètre, l’équilibre hormonal et l’implantation.

equipo Vida fertility Dra Marta Zermiani

L’alimentation influence le poids, le métabolisme, l’inflammation et l’état micronutritionnel. Si ces IMC mécanismes sont déséquilibrés, la fonction reproductive est également affectée.

Un poids trop faible ou trop élevé peut perturber la régularité des cycles et la qualité des ovules. Une alimentation riche en sucres et en aliments ultra-transformés favorise la résistance à l’insuline et l’inflammation, des conditions qui peuvent entraver l’ovulation. À l’inverse, une alimentation équilibrée apporte les vitamines et les antioxydants nécessaires à la maturation ovarienne et à un environnement utérin favorable.

L’alimentation influence également la qualité de l’endomètre, car elle module l’inflammation, le métabolisme et la disponibilité des micronutriments utiles à l’implantation. Un excès de sucres et de graisses saturées augmente l’inflammation et la résistance à l’insuline, des conditions qui peuvent rendre l’endomètre moins réceptif. À l’inverse, une alimentation riche en fruits, légumes, céréales complètes, poisson et graisses insaturées favorise une meilleure perfusion et un environnement plus stable pour l’implantation. Les carences en folates, en vitamine D, en fer et en antioxydants peuvent compromettre la croissance endométriale et la qualité de la phase lutéale. Par conséquent, une alimentation équilibrée favorise une épaisseur et une fonctionnalité endométriales plus adaptées aux processus d’implantation.

Un autre aspect très important est celui du microbiote endométrial. Le microbiote endométrial est l’ensemble des micro-organismes présents dans la cavité utérine. Lorsque les espèces « bénéfiques », en particulier les lactobacilles, prédominent, l’endomètre maintient un environnement stable, peu inflammatoire et plus réceptif à l’implantation. Les altérations de sa composition (dysbiose) peuvent augmenter l’inflammation locale, réduire la qualité de la réponse immunitaire et diminuer les chances d’implantation spontanée ou après une PMA. Le microbiote endométrial dépend directement du microbiote intestinal. C’est pourquoi l’état de l’intestin et celui de l’endomètre sont étroitement liés : un microbiote intestinal équilibré favorise également la stabilité au niveau utérin, tandis qu’un intestin perturbé peut contribuer à rendre l’endomètre moins réceptif.

Marta, comment l’alimentation influence-t-elle notre fertilité ?

Un autre aspect très important est celui du microbiote endométrial.

Le microbiote endométrial est l’ensemble des micro-organismes présents dans la cavité utérine. Lorsque les espèces « bénéfiques », en particulier les lactobacilles, prédominent, l’endomètre maintient un environnement stable, peu inflammatoire et plus réceptif à l’implantation.

Les altérations de sa composition (dysbiose) peuvent augmenter l’inflammation locale, réduire la qualité de la réponse immunitaire et diminuer les chances d’implantation spontanée ou après une PMA. Le microbiote endométrial dépend directement du microbiote intestinal.

C’est pourquoi l’état de l’intestin et celui de l’endomètre sont étroitement liés : un microbiote intestinal équilibré favorise également la stabilité au niveau utérin, tandis qu’un intestin perturbé peut contribuer à rendre l’endomètre moins réceptif.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de problèmes de fertilité liés à une mauvaise alimentation ?

Voici quelques exemples concrets :

  • Anovulation due à un poids insuffisant ou à des régimes trop restrictifs, avec des cycles irréguliers ou absents.
  • Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) aggravé par l’obésité ou les régimes riches en sucres, qui altère l’ovulation et la qualité des ovules.
  • Réduction de la qualité des ovocytes due à des carences en folates, en vitamine D, en fer ou en antioxydants.
  • Réduction de la réceptivité endométriale, souvent liée à une inflammation chronique, à des déséquilibres métaboliques liés à l’alimentation ou à des altérations du microbiote endométrial.

Comment savoir si une patiente a besoin d’aide en matière d’alimentation ?

Il est possible de savoir qu’une patiente a besoin d’un soutien nutritionnel en observant différents signes cliniques. Par exemple, des fluctuations de poids importantes, un indice de masse corporelle très bas ou très élevé, ou des cycles irréguliers ou absents peuvent indiquer que l’alimentation interfère avec la fertilité. La présence d’une résistance à l’insuline, de troubles alimentaires ou de carences avérées en vitamines et minéraux sont également des indicateurs importants. En cas d’échecs reproductifs ou de traitements de procréation assistée, l’évaluation de l’alimentation revêt une importance encore plus grande, car la correction des mauvaises habitudes peut améliorer l’ovulation, la qualité des ovules et l’environnement utérin.

Cela affecte-t-il également la fertilité masculine ?

L’alimentation influence directement la fertilité masculine car elle agit sur plusieurs mécanismes fondamentaux de la production et de la qualité des spermatozoïdes. Un excès de calories, provenant notamment des sucres raffinés et des graisses saturées, favorise le surpoids et l’obésité, des conditions qui perturbent l’équilibre hormonal, réduisent les niveaux de testostérone et augmentent les œstrogènes circulants, ce qui compromet la spermatogenèse.

Les carences nutritionnelles en vitamines (C, D, E), en folates, en zinc, en sélénium et en antioxydants augmentent le stress oxydatif dans les testicules, endommageant l’ADN spermatique et réduisant la motilité et la morphologie des spermatozoïdes. De nombreuses études montrent qu’une consommation excessive de café ou de caféine peut être associée à une augmentation du stress oxydatif et à une fragmentation accrue de l’ADN spermatique. La caféine peut augmenter la production de radicaux libres et réduire l’efficacité des systèmes antioxydants dans les testicules, endommageant ainsi l’ADN des spermatozoïdes. Cependant, une consommation modérée (1 à 2 tasses de café par jour) n’a généralement pas d’effet significatif sur la qualité du sperme.

La dysbiose intestinale peut également avoir une influence indirecte, par le biais de l’inflammation systémique et des altérations métaboliques qui affectent la fonction testiculaire.

À l’inverse, une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, poisson et graisses insaturées, favorise un profil hormonal stable, réduit le stress oxydatif et favorise la production de spermatozoïdes de qualité, ce qui augmente les chances de conception naturelle ou par techniques de procréation assistée.

Virginie, comment travaillez-vous ou procédez-vous avec les patientes qui ont des problèmes de fertilité ?

VIRGINIA-Nutri

Les situations d’infertilité sont souvent des situations complexes et multifactorielles. Afin de mieux comprendre une situation dans son ensemble, ainsi que les interactions des différents systèmes, nous travaillons avec une méthodologie très rigoureuse.

La première étape consiste, avant même la première consultation, de réunir tous les éléments du dossier de la personne ainsi que des questionnaires que celle-ci aura rempli homme et femme, par le biais de nos algorithmes.

Avec ces différents éléments, ainsi que leurs données biologiques, tels que leurs rapports hormonaux ou des analyses sanguines ou encore des données échographiques, nous allons dresser un profil de la personne et calculer des ratios qui seront des éléments déterminant pour le suivi et à la mise en place une stratégie ciblée. Cette étude de dossier nous permet en l’espace d’un accompagnement de trois mois de produire les résultats que nous pourrions avoir dans des consultations classiques en l’espace de trois ans. Une fois le profil établi, nous allons pouvoir mettre en place un plan d’action spécialisé et ensuite mesurer différents paramètres afin d’observer les résultats.

Car si une grossesse peut mettre du temps à venir, différents paramètres biologiques peuvent être mesurés avec régularité et nous permettre de voir l’évolution de la situation.

Cela permet de remonter le niveau de confiance du couple, mais également de savoir quand il est propice d’envisager un nouveau protocole de PMA.

Quels types de changements nutritionnels sont généralement nécessaires pour les patientes (habitudes alimentaires, compléments alimentaires, antioxydants, etc.) ?

En général, les plus grands changements vont porter sur le mode de vie, principalement sur l’alimentation, mais aussi sur certains éléments au niveau du sommeil, de l’activité physique ou encore de la gestion du stress.

Nous allons aussi travailler sur des éléments et des systèmes spécifiques de façon beaucoup plus précises avec des compléments alimentaires, qui peuvent être des compléments qui visent la flore intestinale, tel que des probiotiques ; des acides gras, spécifiques, telles que les oméga 3 ou les oméga 6, les oméga 9 ; des micros nutriments, telles que les vitamines, les minéraux ; des antioxydants spécifiques à certains systèmes, comme des antioxydants, qui vont soutenir le système vasculaire, ou encore d’autres, qui vont plutôt limiter les phénomènes d’oxydation au niveau des gamètes. Nous pouvons aussi utiliser des micro nutriments, qui vont soutenir certaines fonctions clés dans la fertilité, comme les mitochondries, et aussi très souvent avec des protocoles qui vont viser l’équilibrage immunitaire et qui seront à base de plantes ou d’huile essentielle ou de substance phytothérapeutique. Il n’y a pas vraiment de règle absolue.

Nous avons aujourd’hui suivi plus de 3000 personnes et nous n’avons jamais eu une seule fois une même stratégie chez deux personnes différentes. Cela reflète à quel point les stratégies fertilité doivent être spécifiques et adapté à chaque profil, puisque même si certains profils semblent avoir des similarités, la réalité, et que chaque situation d’infertilité est unique et doit être traité de façon unique.

Combien de temps faut-il généralement pour constater une amélioration de la fertilité de la patiente ?

Cela dépend des paramètres, affectés. En général, lorsqu’on parle des paramètres hormonaux plutôt superficiel comme l’oestradiol, la FSH ou la LH, nous pouvons avoir une amélioration de ces critères en un à deux mois.

Lorsqu’on parle de paramètres beaucoup plus profonds comme l’AMH, il faudra en général compter 3 à 6 mois pour voir une évolution. Quand on parle vraiment de paramètres tel que la qualité de l’endomètre, l’équilibre immunitaire en vue d’une implantation, l’équilibre des systèmes hormonaux, tel que les liens entre l’hypothalamus, l’hypophyse, le système surrénalien en général, nous pouvons avoir une variable entre deux à six mois pour équilibrer ces paramètres. Globalement, on sait qu’en six mois on arrive à équilibrer profondément la fertilité et aussi superficiellement sur les hormones qui la dirige dans la majorité des situations. Cependant, il faut considérer un élément : depuis combien de temps le déséquilibre est en place. Nous voyons parfois des situations sur lesquels un déséquilibre est là et profond depuis plusieurs dizaines d’années, et il est évident qu’on ne peut pas équilibrer un déséquilibre qui date depuis plus de 10 ans en seulement en un mois de prise en charge.

Aujourd’hui, notre stratégie consiste à cibler les plus gros déséquilibres et à comprendre la synergie entre les différents systèmes affectés chez chaque personne pour impulser de l’harmonie et un meilleur impact sur la fertilité le plus rapidement possible. En l’espace de cinq ans, nous avons travaillé profondément notre méthodologie pour arriver le plus rapidement possible à des résultats que nous étions en capacité d’obtenir en deux ou trois années avant et que nous obtenons maintenant en deux ou trois mois. C’est un peu la puissance du cerveau collectif, de réfléchir en fait avec plus de 20 thérapeutes, deux fois par semaine, sur des supervisions collectives. C’est aussi grâce à la complexité des situations que nous accompagnons depuis longtemps qui nous pousse à affiner en permanence notre expertise et notre efficacité dans le cas des suivis.

La dysbiose intestinale peut-elle avoir un impact sur la fertilité et quelles sont les approches thérapeutiques associées ?

Oui effectivement. Ce n’est d’ailleurs plus une hypothèse. Aujourd’hui. C’est complètement validé par la science. On sait que le microbiote intestinal conditionne énormément de fonctions. Dans le cas de la fertilité, ce microbiote est toujours un rôle important, notamment dans l’équilibrage hormonal ,dans l’épuration de l’oestradiol, dans l’équilibrage des hormones entre elles.

Ce microbiote joue aussi un rôle clé dans l’équilibre de l’immunité, cette immunité si précieuse pour l’implantation d’un embryon. En effet, si le microbiote est déséquilibré, il peut donner de mauvais signaux immunitaires et ainsi favoriser l’expression de branche immunitaire, trop agressive et pas assez tolérante. Cela peut clairement perturber l’implantation d’un embryon. Cette piste est déjà bien validée et encore plus exprimée sur certains profils, notamment les profils d’endométriose, d’insuffisance ovarienne ou SOPK pour lesquels on connaît un équilibre de la flore très perturbé.

La flore intestinale semble être un fondement d’une bonne fertilité. Il est évident que si cet équilibre n’est pas là, beaucoup de fonctions vont en être affecté, notamment l’équilibre hormonal, l’équilibre immunitaire et donc toutes les fonctions qui sont relatives à l’implantation. Nous travaillons sur cet équilibre de différentes manières. La première est déjà de comprendre s’il y a des problématiques qui perturbent l’immunité comme les infections de fou, telles que des bactérioses intestinales ou des candidoses.

C’est ce que nous investiguons grâce à des analyses fonctionnelles que nous allons parfois recommander. Si c’est le cas, nous allons commencer par corriger ces problématiques immunitaires de fond, afin de laisser à la flore le potentiel de s’équilibrer elle-même. Le deuxième élément sera aussi d’aller moduler directement l’immunité grâce à des probiotiques qui vont avoir un impact sur les branches de tolérance immunitaire, scientifiquement nommé les lymphocytes régulateurs. Cette approche vise à améliorer l’équilibre immunitaire en vue de l’implantation d’un embryon et de l’évolution d’une grossesse.

Encore une fois sur le plan de la flore intestinale, il n’y a pas d’élément vraiment généraliste puisque notre flore est comme un organe mais particulièrement complexe et que cette flore peut subir différents types de déséquilibres qui vont l’amener à être dysfonctionnelle. On peut toujours conseiller des probiotiques qui seront intéressants pour améliorer l’équilibre général, mais si une infection de fond est là et n’est pas réglée, elle aura toujours tendance à ramener la flore dans son état de déséquilibre. D’où l’importance d’aller traiter chaque élément dans le fond et à la racine c’est clairement ce qu’on essaye de faire dans chacun de nos accompagnements.

Fêtes de Noël et fertilité : que manger pendant les fêtes ?

Après avoir examiné les aspects médicaux et nutritionnels, il apparaît clairement que l’alimentation est bien plus qu’un simple complément : elle est un pilier fondamental dans de nombreux processus ayant un impact direct sur la fertilité.

En cette période de fêtes de fin d’année, nous voulons passer un message tranquillité. Il ne s’agit pas de renoncer aux plaisirs des fêtes, mais de trouver un équilibre qui respecte votre corps et votre projet de famille.

Chez Vida Fertility, notre équipe médicale et les professionnels de la nutrition avec lesquels nous collaborons sont là pour vous accompagner à chaque étape.

Si vous avez des doutes sur votre alimentation, si vous commencez un traitement ou si vous cherchez à améliorer votre fertilité de manière globale, nous serons ravis de vous aider.

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